Parlons EnfanceCe que la plus grande consultation de l’ONE dit du lien, et ce qu’elle change en crèche
En 2025, plus de dix mille personnes ont pris la parole sur l’enfance et la parentalité. Les enseignements publiés par l’ONE dessinent une attente limpide, presque évidente, et pourtant décisive pour nos milieux d’accueil: du lien, du temps, et une vraie place pour l’enfant.
Quand j’ai parcouru les résultats de la consultation publique Parlons Enfance, j’ai eu le sentiment de retrouver, écrit noir sur blanc et confirmé par des milliers de voix, ce que j’observe depuis des années sur le terrain. En tant qu’éducatrice spécialisée et ancienne directrice de crèche, j’ai passé mes journées à côté d’enfants qui demandaient une seule chose au fond: être accueillis tels qu’ils sont, à leur rythme, dans un lien sûr. Cette enquête met des chiffres sur cette intuition.
« Le besoin de liens, moins d’hyperliens et plus d’humains. » C’est l’un des douze grands enseignements que l’ONE tire de la consultation. Il résume à lui seul ce qui se joue aujourd’hui dans nos crèches.
Je vous propose ici une lecture de terrain de cette consultation. D’abord ce qu’elle est et ce que les familles ont confié. Ensuite la lecture qu’en fait l’ONE. Enfin, et c’est le cœur de mon propos, ce que ces enseignements changent concrètement dans la manière d’accueillir un tout-petit au quotidien.
La plus vaste consultation jamais menée
en Fédération Wallonie-Bruxelles
Du 1er octobre au 3 novembre 2025, l’Office de la Naissance et de l’Enfance a ouvert la parole à toutes et tous, dès treize ans, sur les sujets de l’enfance, de l’adolescence et de la parentalité. Le questionnaire était anonyme, disponible en neuf langues, et proposait même de répondre par message vocal pour celles et ceux qui préfèrent la voix à l’écrit. Ce soin apporté à l’accessibilité n’est pas un détail: il dit déjà quelque chose de la volonté d’écouter vraiment, y compris les familles que l’on entend rarement.
L’ampleur de la mobilisation n’est pas anecdotique. Elle traduit un besoin profond d’être écouté et de participer à l’amélioration des services publics. Le profil des répondants est d’ailleurs multigénérationnel, des adolescents aux plus de soixante ans, très majoritairement des femmes et des parents, avec une part notable de familles solos. Pour un milieu d’accueil, c’est une invitation directe: les familles ont envie qu’on les entende, et notre porte est l’un des tout premiers endroits où cette écoute peut avoir lieu.
Ce que les familles ont confié
de l’enfant au grand-parent
La consultation ne cherchait pas à représenter toute la population, mais à recueillir une grande diversité de points de vue. Ce qui en ressort dessine une cohérence frappante d’une génération à l’autre.
Pour qu’un enfant se sente bien
Pour sept personnes sur dix, les premiers mots qui reviennent sont l’amour, la sécurité, le cadre et les règles. Des évidences, sans doute, mais qui méritent d’être rappelées pour ne pas être oubliées. Trois personnes sur dix insistent aussi sur un point essentiel: l’enfant a besoin d’être considéré dans son identité propre et singulière, comme un enfant à part entière et non comme un adulte en miniature.
Pour qu’un ado se sente bien
La stabilité affective arrive en tête, citée par quarante-deux pour cent des jeunes. Vient ensuite le besoin de temps pour explorer et s’épanouir, puis celui d’un cadre rassurant et d’être accepté tel que l’on est. Mais les adolescents tirent aussi la sonnette d’alarme: deux sur dix déclarent aller mal ou très mal, deux fois plus que les parents, avec l’école comme première cause de ce mal-être.
Pour qu’un parent se sente bien
Un parent sur deux exprime la même difficulté: réussir à concilier vie parentale et vie professionnelle. Le besoin d’équilibre est immense et touche directement la santé mentale. Un fil rouge traverse toutes les réponses: ce qui permet aux parents de se sentir bien, c’est avant tout le bien-être de leurs enfants. Parent et enfant forment un binôme que l’on ne peut pas dissocier.
Pour qu’un grand-parent se sente bien
Les grands-parents aspirent d’abord à entretenir de bonnes relations familiales, dans un climat de confiance, de proximité et de complicité. Ils souhaitent voir leurs petits-enfants heureux et en sécurité, et pouvoir rester disponibles. Leur première difficulté rejoint celle de tous: trouver du temps.
« Qu’il soit entouré d’une bulle d’amour et de respect pour son rythme de développement. » Ces mots, livrés par un participant à propos de ce dont un enfant a besoin, pourraient figurer en tête de n’importe quel projet d’accueil.
Douze chantiers, un même fil rouge
redonner à l’enfant sa juste place
Dans sa lecture des résultats, l’ONE retient douze grands thèmes. On y trouve la place paradoxale de l’enfant dans une société pensée par et pour les adultes, la multiplication des sources de mal-être comme la compétition et la performance, le besoin urgent de retrouver de la confiance, les défis du numérique, ou encore l’attente forte autour de l’école. Trois de ces enseignements résonnent particulièrement avec ce que nous vivons dans les milieux d’accueil.
Le binôme parent-enfant est indissociable. Le bien-être de l’un dépend du bien-être de l’autre. Accueillir un enfant, c’est toujours accueillir aussi sa famille. La coéducation n’est pas une option, c’est le socle.
Les rythmes imposés pèsent sur l’enfance. Le temps de l’enfant et celui des parents sont sous tension. Respecter le rythme de développement, c’est offrir une respiration précieuse dans des journées souvent chronométrées.
Le besoin de liens dépasse celui d’hyperliens. Moins d’écrans, plus d’humains. La demande de relation vraie, incarnée, présente, est au cœur des attentes. C’est exactement ce qu’un accueil de qualité peut offrir chaque jour.
Ces enseignements ne resteront pas lettre morte. Ils nourrissent la préparation du futur contrat de gestion de l’ONE, qui définira les priorités et les budgets des prochaines années. L’institution s’engage aussi à pérenniser cette écoute des usagers, dans une logique de co-construction.
Ce que ça change concrètement
dans l’accueil d’un tout-petit
Une consultation n’a de sens que si elle transforme les gestes du quotidien. Voici comment je traduis ces enseignements dans une pratique d’accueil, à travers la grille du Reflet Bienveillant.
Accueillir la famille, pas seulement l’enfant
Puisque le bien-être de l’enfant et celui du parent sont liés, la période de familiarisation, les transmissions du matin et du soir, la qualité de l’écoute au vestiaire deviennent des actes pédagogiques à part entière. Rassurer un parent, c’est déjà sécuriser un enfant.
Protéger le rythme de l’enfant
Contre l’accélération générale, la crèche peut offrir un temps ralenti: respecter le sommeil, ne pas presser un repas, laisser le temps d’essayer soi-même. Le rituel, la prévisibilité et la douceur structurante ne sont pas des lenteurs, ce sont des sécurités.
Considérer chaque enfant dans sa singularité
Reconnaître l’enfant comme une personne à part entière, avec son identité propre, change le regard. On observe avant d’agir, on nomme les émotions, on ajuste plutôt que d’uniformiser. C’est le lien de partage qui construit la confiance.
Le Reflet Bienveillant
La consultation Parlons Enfance confirme une conviction simple: l’enfant se construit dans le lien, au rythme qui est le sien, quand un adulte disponible lui renvoie une image sécurisante de lui-même. C’est précisément ce que porte Le Reflet Bienveillant, une approche applicable dans toute crèche agréée par l’ONE.
Aller plus loin
Découvrez comment le Reflet Bienveillant traduit ces attentes en gestes concrets d’accueil, jour après jour, auprès des tout-petits.
Explorer l’approche →Dix mille voix ont dit la même chose:
l’enfant a besoin de lien, de temps et de place.
La bonne nouvelle, c’est que ce sont exactement les trois choses qu’un accueil de qualité sait offrir. La consultation ne nous demande pas de tout réinventer. Elle nous confirme dans ce qui compte, et nous invite à le protéger avec exigence et douceur.
Sources: Office de la Naissance et de l’Enfance, consultation publique « Parlons Enfance » (2025), enseignements et rapport de synthèse publiés en janvier 2026. À consulter sur one.be.
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