Avant, pendant, après :
se mobiliser pour que ça change vraiment
Une formation ne commence pas le matin de la première session et ne se termine pas quand on repose son badge. C’est un processus en trois temps. Voici comment l’aborder pour que chaque heure de formation devienne une transformation durable dans la pratique quotidienne.
L’ONE le dit clairement dans ses orientations pour le programme de formation continue 2026-2031 : la formation vise à « soutenir la qualité de l’accueil » et à « accompagner les professionnels dans l’évolution de leurs pratiques ». Pas dans l’accumulation de connaissances. Pas dans le remplissage d’une obligation administrative. Dans l’évolution des pratiques. Ce sont deux mots qui exigent quelque chose de plus qu’une présence physique dans une salle.
Pour qu’une formation transforme réellement la façon dont on travaille avec les enfants, avec les familles, avec l’équipe, il faut la préparer, la vivre pleinement et la faire atterrir. Ce sont les trois temps de toute formation qui compte : l’avant, le pendant, l’après.
Le programme de formation continue de l’ONE s’adresse à toute personne active dans les lieux d’accueil de la petite enfance (0-3 ans), qu’elle exerce une fonction d’accueil, d’encadrement ou de soutien psycho-médico-social. Les axes prioritaires du cycle 2026-2031 incluent la qualité des interactions, le travail en équipe, la posture professionnelle et l’évolution des pratiques en lien avec les réalités du terrain. (Source : one.be/professionnel/milieux-daccueil/formations-continues/)
L’avant :
préparer le terrain pour que quelque chose puisse pousser
La plupart des professionnels arrivent en formation sans avoir pris le temps de se demander pourquoi ils y vont. On remplit un formulaire d’inscription, on note la date dans le calendrier, on prévoit le remplacement. C’est une logistique, pas une intention. Et une formation sans intention préalable produit rarement une transformation.
L’avant est le moment où l’on clarifie ce qu’on cherche, où on se permet de nommer les questions qui nous habitent, les situations qui nous résistent, les gestes qu’on voudrait comprendre différemment. C’est le moment où la direction peut jouer un rôle décisif, en créant l’espace pour que chaque professionnel arrive avec quelque chose à explorer.
Se préparer individuellement
Avant toute formation, prendre quelques minutes pour répondre à ces trois questions change tout ce qui suit.
Quelle situation concrète m’a donné envie ou besoin de cette formation ? Ancrer la formation dans une réalité du terrain plutôt que dans une case à cocher.
Qu’est-ce que je sais déjà sur ce sujet, et qu’est-ce que je ne comprends pas encore ? Identifier son point de départ pour mieux mesurer le chemin parcouru.
Qu’est-ce que je voudrais pouvoir faire différemment après ? Formuler une intention concrète, même imparfaite, oriente l’attention pendant la journée.
Préparer le terrain collectif
Quand une direction prend le temps d’annoncer une formation à son équipe avec du sens, plutôt que de la glisser dans un planning, le taux d’engagement change. Cela peut prendre dix minutes en réunion : présenter l’intitulé, expliquer pourquoi ce thème a été choisi pour l’équipe à ce moment précis, inviter chacun à arriver avec une question personnelle.
Relier la formation au projet d’accueil : montrer en quoi ce thème rejoint ce que l’équipe est en train de construire.
Organiser le remplacement sereinement : une formation vécue dans la culpabilité d’avoir laissé l’équipe ne produit rien. La logistique du remplacement est une condition de qualité.
Prévoir un espace de restitution dès l’avant : annoncer qu’un moment sera prévu à l’équipe pour partager ce qui a été appris. Cela transforme la formation individuelle en apprentissage collectif.
Le formulaire d’inscription aux formations continues ONE 2025-2026 est disponible en téléchargement direct sur le site de l’ONE. Pour les questions liées à l’accès ou aux places disponibles, une brochure de relance structurelle a également été publiée. (Source : one.be/professionnel/milieux-daccueil/formations-continues/)
Le pendant :
être vraiment là, pas seulement présent
Il y a une différence entre être physiquement dans une salle de formation et être réellement présent à ce qui s’y passe. La formation continue dans le secteur de la petite enfance est souvent l’un des rares moments où les professionnels sortent de la crèche, mettent de côté les tâches du quotidien et ont le temps de réfléchir à leur pratique sans être interrompus. C’est rare. C’est précieux. Cela mérite une qualité d’attention particulière.
L’ONE souligne dans ses orientations que la formation vise « l’évolution des pratiques en lien avec les réalités du terrain ». Cela signifie que la formation n’est pas une bulle déconnectée du travail quotidien. Elle est un dialogue entre ce que le formateur apporte et ce que le professionnel vit sur le terrain. Ce dialogue n’existe que si le professionnel y participe activement.
S’autoriser à être touché, questionné, déstabilisé
Une formation qui ne dérange rien ne change rien. Voici les postures qui permettent d’en tirer le meilleur.
Prendre des notes ancrées dans la pratique : plutôt que de recopier les diapositives, noter les moments où un concept résonne avec une situation vécue en crèche. « Ça me fait penser à… » est la note la plus précieuse.
Poser ses questions, même imparfaites : les questions qu’on n’ose pas poser en formation sont souvent exactement celles que tout le monde se pose. Le courage de questionner est une compétence professionnelle.
Relier ce qu’on apprend à des visages d’enfants précis : ancrer la théorie dans des situations réelles, dans des enfants qu’on connaît, dans des gestes qu’on fait chaque matin. C’est là que la formation devient incarnée.
S’autoriser à ne pas être d’accord : la posture réflexive ne consiste pas à tout absorber sans distance critique. Elle consiste à penser avec le formateur, pas à sa place. Le désaccord argumenté est le signe d’un apprentissage actif.
Les formations ONE de l’Axe 13 (posture professionnelle et identité) et de l’Axe 15 (accompagnement d’équipe) sont précisément celles qui exigent le plus de présence intérieure. On ne peut pas réfléchir à sa posture en mode pilote automatique. Ces formations méritent d’être choisies à des moments où l’équipe est disponible, pas épuisée par une période chargée.
L’après :
faire atterrir ce qu’on a appris dans le réel
C’est la phase la plus souvent négligée, et la plus décisive. Une formation sans atterrissage reste une bonne journée. Une formation avec un atterrissage devient une évolution de pratique. Et c’est précisément ce que l’ONE attend quand il parle de formation continue comme vecteur de qualité d’accueil.
L’atterrissage ne demande pas beaucoup de temps. Il demande une intention. Une seule chose concrète à essayer la semaine suivante. Un moment en réunion d’équipe pour partager. Une adaptation d’une routine. Un affichage dans le vestiaire des professionnels. L’atterrissage, c’est le passage entre « j’ai compris quelque chose » et « je fais quelque chose différemment ».
Trois gestes concrets pour ne pas perdre ce qu’on a appris
La fiche des 3 + 1 : dans les deux jours qui suivent la formation, noter 3 choses retenues et 1 geste concret à expérimenter. Pas un programme. Un geste. Précis, réaliste, mesurable dans la pratique quotidienne.
La restitution en réunion d’équipe : cinq à dix minutes suffisent. Le professionnel partage ce qu’il a retenu, ce qui l’a surpris, ce qu’il a envie d’essayer. Ce partage transforme une expérience individuelle en bien commun pour toute l’équipe.
Le point de suivi à 4-6 semaines : la direction prévoit un court moment individuel pour demander : « Est-ce que tu as pu essayer quelque chose ? » Ce n’est pas un contrôle. C’est un soutien. Ça envoie le message que la formation comptait vraiment.
L’ONE propose une Bourse pour supervision collective, accessible via Aurélie Triaire, Conseillère Formation de la Direction Psychopédagogique. La supervision collective est précisément un espace d’atterrissage structuré : elle permet à une équipe de revenir ensemble sur des situations vécues, d’analyser les pratiques et de les faire évoluer dans un cadre sécurisé. C’est la version la plus aboutie de la phase « après ». (Contact : formationscontinues@one.be)
Ce que le cycle complet
produit dans une équipe
Quand les trois temps sont respectés, quelque chose change dans la culture de l’équipe. La formation n’est plus une parenthèse dans l’année. Elle devient un fil conducteur qui traverse les pratiques, les réunions, les gestes du quotidien. Voici ce qu’on observe concrètement.
Une équipe qui se forme ensemble se comprend mieux
Les professionnels qui partagent leurs apprentissages développent un vocabulaire commun. Ce vocabulaire partagé réduit les malentendus, facilite les transmissions et crée une cohérence dans la façon dont l’équipe pense l’enfant.
Le transfert de compétences devient une dynamique collective
Quand une professionnelle qui revient de formation partage ce qu’elle a appris, elle ne transmet pas seulement un contenu. Elle modélise une posture réflexive. Elle montre que questionner ses pratiques est normal, attendu, valorisé. C’est une des formes les plus efficaces de formation de l’équipe.
La direction devient un acteur de la formation, pas seulement un organisateur
Une direction qui prépare, soutient et valorise les formations de son équipe envoie un message fort : ici, on grandit professionnellement. Ce message a un impact direct sur le sentiment d’appartenance, la rétention des professionnels et la qualité globale de l’accueil.
Le Reflet Bienveillant
Le Reflet Bienveillant, c’est une posture qui ne se décrète pas. Elle se cultive, elle se travaille, elle s’interroge. Chaque formation bien préparée, vraiment vécue et soigneusement atterrie est une occasion de polir ce reflet. L’enfant perçoit la qualité de présence de l’adulte avant même les mots. Se former, c’est prendre soin de ce que l’enfant reçoit.
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pour aller plus loin
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La formation continue est un choix :
celui de ne pas s’arrêter de grandir
Préparer une formation, y être vraiment présent et faire atterrir ce qu’on a appris n’est pas un luxe réservé aux grandes institutions. C’est une décision accessible à toute équipe, quelle que soit sa taille. Et c’est cette décision, répétée dans le temps, qui construit la qualité d’un accueil.
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