Une puéricultrice pour sept enfants
quand l’accompagnement dépasse les forces humaines
Sept tout-petits, chacun avec ses besoins, ses pleurs, son rythme. Sur le papier, une organisation comme une autre. Sur le terrain, une réalité qui interroge la qualité de l’accueil et la santé des professionnelles.
Dans une section de crèche, une puéricultrice se retrouve parfois seule face à sept enfants. Sept tout-petits, souvent encore bébés, avec chacun leurs besoins, leurs pleurs, leurs rythmes, leurs émotions, leurs demandes d’attention et de sécurité. Sur le papier, cela peut sembler être une organisation comme une autre. Sur le terrain, c’est une réalité exigeante, parfois épuisante, qui interroge profondément la qualité de l’accueil, le bien-être des enfants et la santé des professionnelles de la petite enfance.
« L’amour, la volonté et le sens du devoir ne suffisent pas toujours. Nous sommes humains. Même lorsque nous aimons profondément les enfants, nos forces ont des limites. »
Cette situation me touche particulièrement parce qu’elle résonne avec mon propre vécu de mère. J’étais maman d’un enfant d’un an lorsque mes jumeaux sont nés. Du jour au lendemain, je me suis retrouvée avec trois très jeunes enfants à accompagner, à nourrir, à rassurer, à porter, à consoler et à aimer, convaincue que prendre soin d’un enfant est l’un des plus beaux rôles qui existent.
Quand l’amour ne suffit plus
Après six mois, sans aide suffisante, la fatigue a pris toute la place. Je me souviens d’un moment où je me suis retrouvée par terre, impuissante, en pleurs, à chercher du réconfort, de la force et une motivation nouvelle au fond de moi. Ce jour-là, j’ai compris que l’amour, la volonté et le sens du devoir ne suffisent pas toujours. Nous sommes humains. Même lorsque nous aimons profondément les enfants, même lorsque nous voulons leur donner le meilleur, nos forces ont des limites.
C’est à partir de cette expérience que je regarde autrement le travail des puéricultrices. On pourrait dire qu’une journée de travail n’est pas comparable à la vie d’une mère avec plusieurs bébés à la maison. Pourtant, rester disponible pendant huit heures pour sept enfants, répondre à chacun avec attention, créer un lien d’attachement sécure, observer, rassurer, accompagner, soutenir et contenir les émotions de tous, cela représente une charge immense.
Un métier d’attention, aussi de surcharge
Le métier de puéricultrice ne se limite pas à surveiller des enfants. Il demande une présence fine, constante et sensible. Il faut lire les signes d’un bébé, anticiper les besoins, accompagner les séparations du matin, gérer les repas, les changes, les siestes, les conflits, les pleurs, les inquiétudes, les petits bobos et les grandes émotions.
Quand une cuisinière est absente, quand il faut participer à la préparation des repas, quand l’organisation repose sur la polyvalence permanente, la puéricultrice doit encore trouver l’énergie d’être attentive, douce, disponible et souriante.
Le cadre est clair et chiffré. Depuis la circulaire ONE de fin 2014, qui modifie l’article 38 de l’arrêté du 27 février 2003 portant réglementation générale des milieux d’accueil, la règle d’encadrement en cours de fonctionnement est fixée à un encadrant qualifié pour sept enfants présents simultanément, quel que soit le moment de la journée. Ce chiffre n’est donc pas une exception vécue par une professionnelle isolée. C’est le seuil maximal que le texte autorise, et qu’une équipe atteint souvent en pratique.
Aimer son métier ne protège pas de l’épuisement
Il ne s’agit pas de remettre en question l’engagement des professionnelles. Bien au contraire. Beaucoup de puéricultrices aiment profondément leur travail et donnent le meilleur d’elles-mêmes. Mais aimer son métier ne protège pas de l’épuisement. Être compétente ne signifie pas pouvoir tout porter. Être dévouée ne veut pas dire être inépuisable.
Lorsqu’une seule personne doit répondre aux besoins de trop nombreux enfants, ce n’est pas seulement la professionnelle qui est mise en difficulté. C’est aussi la qualité de l’accueil qui est fragilisée. Les enfants ont besoin de regards disponibles, de bras rassurants, de réponses individualisées et d’adultes suffisamment soutenus pour être pleinement présents. Un accueil de qualité ne peut pas reposer uniquement sur la bonne volonté et le dépassement de soi.
Reconnaître, soutenir, protéger
celles qui prennent soin
La petite enfance est un secteur essentiel. Les premières années de vie construisent les bases de la sécurité affective, de la confiance, du développement et du lien aux autres. Les professionnelles qui accompagnent les tout-petits accomplissent un travail fondamental, souvent discret, parfois peu reconnu, mais profondément indispensable. Il est temps de dire merci, et d’aller plus loin que les remerciements.
Éduc Sens · Saida Koraibat · Belgique · Petite Enfance

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