La Parole de l’Enfant en Crèche :
De la théorie à la pratique
L’article 16 du décret du 18 avril 2024 impose légalement d’intégrer la parole de l’enfant via des processus participatifs. Pour les 0-3 ans, cela signifie bien plus que des mots. Voici comment transformer cette obligation en pratiques pédagogiques concrètes et bienveillantes.
Chères directrices, chers directeurs, chers professionnels,
L’article 16 du décret du 18 avril 2024 est clair : la parole de l’enfant doit être au cœur des décisions qui le concernent. Mais pour les enfants de 0 à 3 ans, cette parole dépasse largement les mots. Elle s’exprime par des signaux corporels, des émotions, des choix. Elle requiert une écoute fine et une posture nouvelle : celle de « faire avec » plutôt que « faire pour ».
Ce n’est pas une recommandation pédagogique facultative. C’est une obligation légale. Et c’est aussi un changement de paradigme qui sera d’ailleurs validé lors de votre procédure préparatoire avant agrément (article 31). Cette exigence sera intégrée dans les normes futures de l’ONE.
Voici comment concrétiser cette obligation tout en restant fidèle à l’approche du Reflet Bienveillant.
Article 16 : Ce que dit le décret exactement
Le décret stipule : « Pour l’élaboration de ses avis, le Conseil consultatif de l’enfance veille à tenir compte de la parole des enfants. À cet effet, il met en place des processus participatifs qui les impliquent directement. »
Le Conseil consultatif = l’organe de gouvernance ONE qui émet des avis sur les futures normes. Intégrer la parole enfant = faire participer les enfants aux décisions qui les affecteront.
Implication pour votre crèche : Ces avis du Conseil consultatif influencent les normes futures que l’ONE arrêtera. Si votre crèche ouvre demain, vous devrez passer par une procédure préparatoire (article 31) qui inclura désormais la validation de l’intégration de la parole de l’enfant dans votre projet pédagogique. Ce n’est plus optionnel.
Redéfinir la « parole » avant le langage verbal
Un enfant de 18 mois n’articule que quelques mots, mais il communique intensément. Prendre en compte sa parole, c’est d’abord développer une **capacité d’observation fine** et une **posture d’écoute active**.
- Le nourrisson s’exprime par son tonus musculaire, ses pleurs, ses regards, ses sourires, ses mouvements
- Un enfant qui détourne la tête face à une cuillère = il dit non, il refuse ou il est rassasié
- Un enfant qui tend les bras = il demande du réconfort ou de la sécurité
- Reconnaître ces signaux comme des actes de communication intentionnels = première étape de la participation
- Dès 18-24 mois, l’enfant exprime ses préférences par ses déplacements et ses choix d’activités
- L’aménagement de l’espace joue un rôle crucial : un environnement pensé pour l’autonomie permet à l’enfant de « dire » ses intérêts sans demande verbale
- Exemple : Étagères basses avec jeux accessibles = l’enfant choisit ce qu’il veut faire, quand il veut le faire
4 axes concrets pour mettre en place la participation
L’intégration de la parole enfant ne s’improvise pas. Elle requiert des aménagements spatiaux, temporels et relationnels précis.
Articulation avec les Repères ONE
Cette obligation légale de parole enfant ne s’ajoute pas à vide. Elle renforcit et clarifie des repères ONE existants :
- Repère 7 (Relation avec enfants) : La parole enfant = respect authentique de l’enfant comme personne
- Repère 9 (Relation avec parents) : Observation fine = contenu de communication avec parents (« votre enfant a choisi aujourd’hui… »)
- Repère 13 (Formation continue) : Nécessité d’actualiser compétences (observation, neurosciences, participation)
- Repère 14 (Encadrement pédagogique) : Supervision des équipes sur applcation participation
- Repère 15 (Parole enfant) : Explicitement dédié à ce sujet
Ce décret n’invente rien de nouveau : il officialise ce que les bonnes pratiques faisaient déjà et l’élève au rang d’obligation légale.
Investir pour respecter l’obligation légale
Cette parole enfant a un coût — mais c’est un investissement, pas une dépense. Et c’est une obligation légale, donc justifiée auprès des financeurs.
Ne pas investir aujourd’hui = risque de non-conformité lors de l’agrément ou d’une procédure de recours. L’investissement initial est donc une sécurité juridique.
Droits et recours : Ce qui change pour les parents
Si votre crèche n’applique pas cette obligation de participation enfant, les parents ont maintenant des recours clairs :
- Si un parent conteste que la crèche ne respecte pas participation enfant → recours possible auprès du Conseil de recours indépendant
- Délai : 45 jours pour recourir, 60 jours pour décision
- Impact : Procédure impartiale (magistrat + représentants), transparence garantie
- L’ONE rend compte tous les 3 mois (6 mois après signature, puis 3 mois) sur réalisation de ses objectifs
- La participation enfant deviendra un indicateur clé du contrat de gestion
- Les futures normes ONE intégreront cette obligation
- Un enfant dont la parole est entendue et respectée développe une meilleure capacité à signaler maltraitance ou inconfort
- L’organe indépendant SOS-Enfants renforce le contrôle : impartialité, expertise pluridisciplinaire
- Participation = protection
De « faire pour » à « faire avec ».
C’est un changement de paradigme.
L’article 16 du décret du 18 avril 2024 ne demande pas l’impossible. Il demande une écoute authentique, des aménagements réfléchis et une posture nouvelle. C’est une exigence légale, pédagogiquement justifiée, et profondément bienveillante. Vos enfants en sont les bénéficiaires directs.
Éduc Sens · Saida Koraibat · Belgique · Décret 18 avril 2024 · Parole de l’Enfant · Pédagogie · Participation · 0-3 ans

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