La Qualité de l’Accueil :
Une Responsabilité Partagée
Le 18 avril 2024, la Communauté française a adopté un décret fondamental qui transforme la gouvernance de l’ONE. Mais au-delà de l’administratif, c’est une philosophie nouvelle : placer la qualité de l’accueil de la petite enfance au cœur de chaque décision, avec vous.
Chers parents, professionnels, pouvoirs organisateurs,
Pendant des années, la qualité de l’accueil de la petite enfance s’est construite de manière top-down — des décisions prises « d’en haut » sans vraiment écouter ceux qui vivent la réalité du terrain. Les crèches reçoivent des normes, les parents confient leurs enfants, les éducateurs font du mieux qu’ils peuvent. Mais le dialogue ? Rare.
Le décret du 18 avril 2024 dit « Stop. » Il propose une autre logique : la qualité s’édifie ensemble. Pas par obligation bureaucratique, mais par la participation de ceux qui vivent l’accueil — vous.
Ce document explique comment. Non pas de manière juridique et aride, mais en montrant ce que cela change vraiment pour votre crèche, votre famille, votre enfant.
Pourquoi cette réforme maintenant ?
Parce que les questions simples changent tout. Qui décide de la qualité de l’accueil ? Les bureaucrates ? Les théoriciens ? Ou ceux qui vivent à chaque instant cette qualité — parents, enfants, éducateurs, directeurs de crèche ?
La qualité n’est pas une norme imposée. C’est le fruit de la participation et de la responsabilité partagée.
Avant avril 2024, l’ONE prenait les décisions avec une gouvernance étroite. Depuis, c’est un orchestre. Plus de voix, plus d’oreilles, plus de cœurs. C’est plus lent ? Peut-être. Mais c’est infiniment plus légitime.
Ce qui change concrètement pour vous
- Le Conseil d’administration de l’ONE passe de 6 à 13 administrateurs, désignés par appel public au Moniteur belge.
- Pour vous : Les décisions ne sont plus prises par une petite équipe. Elles reflètent davantage la diversité des perspectives.
- Le vrai changement : Transparence. Les candidats sont connus. Les conflits d’intérêts sont mieux gérés. C’est plus légitime.
Cas pratique : Votre crèche reçoit une nouvelle norm. Avant, c’était « L’ONE décide, vous vous adaptez. » Maintenant, avant cette décision, le Conseil consultatif de l’enfance (renforcé) a son mot à dire. Les parents en font partie. L’avis du terrain compte. C’est un dialogue, pas un diktat.
- Le Conseil consultatif de l’enfance doit mettre en place des processus participatifs impliquant directement les enfants.
- Pour vous : Cela signifie que votre projet pédagogique centré sur la parole de l’enfant n’est plus une « belle idée » — c’est une exigence institutionnelle.
- Le vrai changement : Les enfants ne sont plus des objets de politiques. Ils sont des sujets, des experts de leur propre expérience.
Cas pratique : Votre crèche crée un conseil des enfants. Pas juste pour avoir « l’air moderne », mais parce que les décisions institutionnelles vont désormais de pair avec la parole de ceux qu’elles affectent. Cette voix d’enfant remontera jusqu’aux décideurs politiques.
- Les anciens comités subrégionaux deviennent des comités locaux, plus proches du terrain.
- Pour vous : L’ONE reconnaît que la qualité varie selon les territoires. Une crèche urbaine surpeuplée ≠ un milieu rural.
- Le vrai changement : Moins de « taille unique ». Plus d’accompagnement adapté, de soutien local, de coordination territoriale.
Cas pratique : Votre crèche affronte une crise RH locale. Avant, c’était « appel à l’ONE central ». Maintenant, le comité local peut intervenir, connaître vos spécificités, proposer des solutions adaptées à votre contexte.
- Une Commission de concertation paritaire (travailleurs ↔ employeurs) est systématiquement consultée avant toute nouvelle norme affectant l’accueil.
- Pour vous : Les professionnels ont enfin une voix formelle dans les décisions qui les affectent. Leurs préoccupations remontent aux décideurs.
- Le vrai changement : Fini les normes imposées sans considération de la faisabilité pratique. Les conditions de travail sont (enfin) liées à la qualité pédagogique.
Cas pratique : L’ONE envisage de modifier les ratios éducateurs/enfants. Avant, c’était une décision hiérarchique. Maintenant, la Commission concertation donne son avis : « C’est réaliste ? » « Qu’en est-il de la charge psychosociale ? » Cette expertise change les décisions.
- Une instance indépendante (magistrat + représentants) permet de contester les décisions ONE (refus, suspension, retrait).
- Délais clairs : 45 jours pour recourir. 60 jours pour la réponse. Automatiquement, la décision est suspendue (sauf urgence enfant).
- Pour vous : Fini l’impuissance face à une décision arbitraire. Il y a un cadre juridique clair, impartial et transparent.
Cas pratique : L’ONE refuse votre demande d’agrément sans explication satisfaisante. Avant, c’était un cul-de-sac. Maintenant, vous pouvez recourir. Le Conseil de recours réexamine votre dossier, entend vos arguments, justifie ou annule la décision. C’est la justice.
- L’ONE s’engage désormais par un contrat de gestion signé avec le Gouvernement, définissant objectifs, moyens et indicateurs.
- Rapports trimestriels : L’ONE rapporte régulièrement ses progrès. Pas de place pour l’opacité.
- Pour vous : L’ONE n’agit plus « dans le flou ». Chaque décision, chaque contrôle, chaque accompagnement est évaluable. Vous savez à quoi vous en tenir.
Cas pratique : Vous demandez à l’ONE : « Quels sont vos objectifs pour accompagner les crèches ? » Avant, réponse vague. Maintenant, le contrat de gestion est public. Vous pouvez vérifier si l’ONE tient ses promesses.
- Un organe indépendant analyse les plaintes concernant le fonctionnement des équipes SOS-Enfants.
- Composition : Chercheur, magistrat, psychologue clinique, pédiatre. Aucun membre ne peut être salarié de SOS-Enfants (impartialité garantie).
- Pour vous : Si une collaboration SOS-Enfants pose problème, il existe un cadre clair, impartial, où être entendu.
Cas pratique : Une intervention SOS-Enfants dans votre crèche vous semble mal gérée. Vous pouvez porter plainte auprès de cet organe indépendant. Il examinera objectivement. Votre voix compte.
- Avant d’ouvrir une nouvelle crèche, vous devez participer à un processus préparatoire organisé par l’ONE.
- Cela signifie : Diagnostic des besoins, accompagnement pédagogique, validation de viabilité, harmonisation avec les normes.
- Pour vous : Fini les crèches ouvertes sans réflexion. Fini l’errance administrative. C’est guidance + rigueur, ensemble.
Cas pratique : Vous rêvez d’ouvrir une crèche. Avant, c’était « formulaires, attente, réponse ? » Maintenant, l’ONE vous accompagne dès le départ. Vous savez si votre projet tient la route. Vous ne découvrez pas les obstacles à la fin.
Ce que ce décret signifie vraiment
La qualité de l’accueil ne se décrète pas du haut. Elle s’édifie par la participation, la transparence et le respect de l’expertise du terrain.
Ce décret n’invente rien de révolutionnaire. Il amplifie ce qui devrait avoir toujours existé : écouter ceux qui vivent l’accueil. Les parents. Les enfants. Les éducateurs. Les directeurs. Pas pour obtenir une permission, mais parce que c’est leur expertise qui crée la qualité.
Pour un parent : C’est savoir que sa voix compte dans les décisions qui affectent son enfant.
Pour un éducateur : C’est être reconnu comme expert, consulté avant les normes qui changeront sa quotidien.
Pour une directrice de crèche : C’est avoir un cadre clair, un accompagnement adapté et un droit de recours si nécessaire.
Pour un enfant : C’est être entendu, pas juste à travers des adultes, mais dans les processus décisionnels qui le concernent.
Comment vous pouvez agir
- Participez au Conseil consultatif de l’enfance (si vous êtes sollicité). Votre voix représente celle de toutes les familles.
- Mettez en place un conseil des enfants dans votre crèche. Écoutez leurs idées, leurs frustrations. Remontez-les aux responsables.
- Posez des questions à votre crèche sur son projet pédagogique, ses valeurs. Vous avez le droit de savoir sur quoi repose la qualité de l’accueil.
- Participez activement à la Commission de concertation si vous êtes représentant syndical. Votre expertise sera écoutée.
- Engagez-vous dans les comités locaux. Vous apporterez la perspective du terrain aux décideurs.
- Documentez ce que vous vivez au quotidien. Les conditions de travail, les défis, les succès. Ces témoignages nourrissent les décisions futures.
- Participez au processus préparatoire avant toute nouvelle ouverture. C’est une opportunité d’accompagnement, pas une bureaucratie.
- Engagez-vous régulièrement avec votre comité local. Dites vos défis, écoutez les orientations territoriales.
- Utilisez votre droit de recours si une décision ONE vous semble injuste. Ce mécanisme existe pour vous.
- Mettez l’accent sur la parole de l’enfant dans votre projet d’accueil. Ce n’est plus une option — c’est une attente institutionnelle.
Ce décret est un commencement.
Les meilleures normes du monde ne change rien si personne ne s’en empare. Ce décret crée des espaces. À vous de les remplir de votre parole, votre expertise, votre amour pour la petite enfance.
Les enfants ne s’en soucient pas de la gouvernance. Mais ils vivent les conséquences d’une gouvernance sage : des crèches où les équipes sont stables, où la parole de l’enfant compte, où les parents se sentent entendus, où les directrices peuvent se battre pour la qualité sans être écrasées par l’arbitraire.
C’est pour eux. Pour cet enfant qui, en arrivant à la crèche demain matin, sentira qu’il est écouté, respecté, que sa voix a du poids. C’est cela, la vraie qualité.
La qualité n’est jamais finie.
Elle se construit ensemble.
Vous êtes des acteurs de cette construction. Votre parole compte. Votre expertise compte. Votre amour pour la petite enfance compte. Utilisez le cadre que ce décret crée pour bâtir quelque chose de plus beau, de plus juste, de plus humain.
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