Éducation positive :
la vision nuancée des institutions belges
Entre partisans enthousiastes et détracteurs sévères, les organismes belges (ONE, Yapaka) proposent une troisième voie : celle de la sagesse pratique. Ni autoritarisme, ni laxisme — mais une bienveillance structurante.
Dans un contexte où l’éducation positive fait l’objet de débats parfois virulents, les institutions belges se distinguent par une approche particulièrement nuancée. Alors que certains voient dans cette méthode la solution à tous les problèmes, et que d’autres la rejettent comme une dérive permissive, les organismes officiels belges proposent une troisième voie : celle de la sagesse pratique.
« La parentalité positive à l’épreuve de la vraie vie analyse les impasses et incohérences de la parentalité positive en tenant compte des besoins réels de l’enfant. »
— Ludovic Gadeau, publication Yapaka (2023)Cette position nuancée est portée par deux organismes de référence en Communauté française de Belgique : l’ONE (Office de la Naissance et de l’Enfance) et Yapaka (programme de prévention de la maltraitance de la Fédération Wallonie-Bruxelles).
Ni l’un, ni l’autre — mais les deux
La position des institutions belges refuse les extrêmes
- Autoritarisme sans écoute
- Laxisme sans cadre
- Bienveillance sans limites
- Injonction à la perfection parentale
- Application mécanique de méthodes
- Bienveillance + cadre structurant
- Chaleur + limites claires
- Soutien + fermeté adaptée
- Encouragement + responsabilisation
- Adaptation aux réalités familiales
« Pour prendre soin de l’enfant, l’adulte doit tout à la fois offrir de la bienveillance (accueil, soutien, chaleur) mais également un cadre, une fermeté, des limites claires. »
— Isabelle Roskam, docteure en psychologie · Yapaka, 2023Les dérives identifiées
Quand l’éducation positive est mal interprétée, elle peut conduire à des impasses. Les experts belges en ont identifié quatre principales.
La confusion entre bienveillance et absence de limites peut conduire à un laxisme préjudiciable au développement de l’enfant. La bienveillance n’exclut pas le cadre — elle le rend non violent.
Être toujours parfaitement bienveillant génère culpabilité et épuisement parental. Cette injonction paradoxale est contre-productive et éloigne les parents de leurs compétences naturelles.
L’accumulation de formations devient parfois une manière de calmer sa culpabilité sans progrès réel. La formation ne suffit pas si elle n’est pas accompagnée d’une réflexion sur sa propre pratique.
L’orgueil, le refus d’apprendre, l’auto-manipulation et le perfectionnisme excessif entravent l’auto-éducation parentale. Ces obstacles internes sont souvent plus déterminants que le manque d’information.
Source : Ludovic Gadeau, La parentalité positive à l’épreuve de la vraie vie, Yapaka, Fédération Wallonie-Bruxelles, 2023.
Les 5 piliers partagés
Ni autoritarisme, ni laxisme. La voie du milieu est celle de la cohérence bienveillante.
Un cadre structurant posé de manière non violente. Les limites protègent l’enfant et le socialisent.
Pas de modèle unique. Adaptation aux spécificités de chaque famille et de chaque culture.
Développer l’esprit critique face aux modes éducatives plutôt que suivre des recettes toutes faites.
Encourager les compétences existantes des parents plutôt que pointer leurs manques.
Passer à l’action
Sur la base du consensus belge, voici les recommandations concrètes pour les parents et les professionnels.
- Alterner bienveillance et fermeté selon les situations
- Poser des règles claires, compréhensibles et prévisibles
- Dire ce qu’on fait et faire ce qu’on dit
- Prendre soin de soi pour mieux éduquer — l’auto-soin parental est fondamental
- Accepter l’imperfection comme une richesse, source de relations authentiques
- Chercher du soutien sans culpabilité quand c’est difficile
- Encourager la réflexion parentale plutôt que prescrire des recettes
- Valoriser les compétences existantes des familles
- Intégrer les spécificités culturelles et économiques de chaque famille
- Développer l’esprit critique face aux modes éducatives
- Collaborer avec les autres intervenants pour éviter les contradictions
- S’appuyer sur les ressources ONE et Yapaka pour étayer sa pratique
Sources officielles
Office de la Naissance et de l’Enfance (ONE). (2023). Grandir avec des limites et des repères.
one.be — Grandir avec des limites et des repères →
Yapaka. (2023). La parentalité positive à l’épreuve du quotidien [Vidéo]. Entretien avec Isabelle Roskam.
yapaka.be — Vidéo : entretien avec Isabelle Roskam →
Gadeau, L. (2023). La parentalité positive à l’épreuve de la vraie vie. Yapaka, Fédération Wallonie-Bruxelles.
yapaka.be — Publication complète (PDF) →
ONE. (2023). Pour un accompagnement réfléchi des familles : Un référentiel de soutien à la parentalité. Office de la Naissance et de l’Enfance.
one.be →
Ce qui caractérise l’approche belge, c’est une véritable sagesse pratique — qui évite les positions dogmatiques et encourage une parentalité réfléchie plutôt qu’une application mécanique de méthodes.
Cette approche nous invite à dépasser les débats stériles entre partisans et détracteurs de l’éducation positive, pour adopter une vision plus nuancée et adaptative — qui reconnaît l’importance du soin tout en maintenant un cadre clair.
Éduc Sens · Saida Koraibat · Belgique · Petite Enfance

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