Introduction
La résilience des jeunes occupe aujourd’hui une place centrale dans les débats éducatifs. Elle est souvent perçue comme la capacité individuelle à surmonter les obstacles et à “tenir le coup” face aux difficultés. Toutefois, une analyse attentive des contextes de vie, notamment en Afrique et dans les cités en Belgique, révèle une dimension collective et relationnelle de la résilience. Celle-ci se développe au sein du groupe, du lien social, et dans le sens que chacun donne à ses expériences vécues.
Des Contextes Différents, des Vulnérabilités Communes
En Afrique, de nombreux enfants grandissent dans une précarité matérielle marquée, caractérisée par un accès limité aux ressources, une instabilité économique et des responsabilités précoces. L’adaptation devient alors un apprentissage essentiel, souvent vital et quotidien. À l’inverse, dans les cités en Belgique, la précarité se manifeste de manière moins visible. Les besoins matériels sont généralement assurés, mais les jeunes doivent composer avec un sentiment d’abandon institutionnel, des discriminations, des ruptures scolaires ou familiales, un manque de reconnaissance et des difficultés à se projeter dans l’avenir. La souffrance y est moins tangible, mais tout aussi réelle. Ainsi, quel que soit le contexte, la sécurité émotionnelle et identitaire des jeunes se trouve fragilisée.
Le Rôle Central du Collectif
Le collectif joue un rôle fondamental dans la résilience des jeunes, mais sa place varie selon les contextes. En Afrique, il s’impose comme une nécessité. L’enfant évolue au sein d’un groupe élargi — famille, voisins, communauté — où l’entraide est la norme. Ce collectif protège, soutient et absorbe une partie des difficultés individuelles, permettant à l’identité de se construire autour du “nous”. Dans les cités en Belgique, le collectif existe également, mais il est souvent fragilisé ou stigmatisé. Il peut devenir un espace de survie, parfois défensif ou conflictuel, et n’est pas toujours porteur de construction positive, faute de reconnaissance sociale. Pourtant, c’est bien dans le collectif que se joue une grande partie de la résilience.
Le Jeu et le Sport comme Espaces de Réparation
Dans les contextes africains, le jeu représente bien plus qu’un simple divertissement : il est vital. Le football de rue, par exemple, devient un espace d’évasion, de libération émotionnelle et de reconstruction. Les règles y sont souples, négociées, et le plaisir de jouer prime sur la performance. Ce sont l’appartenance, l’expression de soi et le sentiment de liberté qui dominent. À l’inverse, dans les cités en Belgique, le sport tend à être institutionnalisé, encadré, et orienté vers la performance ou la compétition. Si ces cadres apportent une structure, ils ne répondent pas toujours aux besoins émotionnels des jeunes les plus vulnérables. Redonner au jeu et au sport leur fonction première — celle de régulation, de rassemblement et de réparation — constitue un puissant levier de résilience.
Des Compétences Présentes mais Invisibles
Que ce soit en Afrique ou dans les cités, les jeunes développent des compétences remarquables telles que l’adaptation, la débrouillardise, l’intelligence sociale, le leadership informel et le sens de l’observation. Le problème réside moins dans l’absence de compétences que dans leur invisibilité ou leur non-reconnaissance. Lorsque les regards adultes et institutionnels se concentrent uniquement sur les manques ou les difficultés, la capacité de résilience des jeunes s’érode. Reconnaître, valoriser et offrir des espaces d’expression à ces compétences est un acte éducatif fondamental.
Le Rôle Déterminant de l’Adulte
En Afrique, la résilience des enfants est principalement soutenue par la présence constante d’adultes — parents, aînés, figures communautaires — qui transmettent l’éducation par l’exemple, la cohérence et la relation. Dans les cités en Belgique, les jeunes sont souvent confrontés à une succession d’intervenants, de dispositifs ou de projets, ce qui fragilise la stabilité relationnelle. Or, la résilience ne se construit pas dans l’urgence ou la discontinuité, mais dans la constance du lien. Un adulte qui croit en un jeune, qui reste présent et cohérent, peut devenir un véritable pilier de résilience.
Penser la Résilience Autrement
La résilience ne doit pas être réduite à une injonction individuelle à “s’en sortir”. Elle résulte d’un environnement éducatif qui offre du lien, du sens, de la reconnaissance, des espaces d’appartenance et des rôles valorisants. L’Afrique nous montre que la force ne réside pas dans la souffrance, mais dans la capacité à transformer le collectif, le jeu et la relation en puissants vecteurs éducatifs.
Conclusion
Réfléchir à la résilience des jeunes, en Afrique comme dans les cités en Belgique, suppose de changer de regard. Il s’agit de passer d’une logique de manque à une logique de ressources, de replacer l’humain au cœur de l’éducation et de reconnaître la dimension collective de la résilience. La résilience ne se vit pas seul. Elle se construit ensemble.

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