Dans un entretien publié par Les Pros de la Petite Enfance, Boris Cyrulnik affirme :

« Plus on sécurise un enfant tôt, plus on lutte contre les inégalités. Pour peut‑être 20 % des enfants maltraités chez eux, la crèche devient un facteur de résilience. »

Cette affirmation met en lumière le rôle essentiel des structures d’accueil, non seulement comme lieu de soins, mais aussi comme espace de réparation et de développement global.

À travers une approche intégrée, les crèches mettent en œuvre un cadre éducatif inspiré des pédagogies actives , du Code de qualité de l’ONE, et des travaux en psychologie du développement.

Voici quelques exemples concrets de pratiques professionnelles selon les grands domaines de développement.

Un cadre affectif sécurisant

Dès les premiers mois, l’enfant a besoin d’un environnement chaleureux où il se sent reconnu, écouté et valorisé.

Les professionnel·les instaurent des routines stables (accueil personnalisé, au revoir ritualisé, moments de câlins) et adoptent une posture empathique, en « prenant le point de vue de l’enfant ».
Par exemple, lors des séparations ou d’activités nouvelles, l’adulte nomme les émotions (« tu es triste parce que papa part »), rassure, félicite les petites réussites et préserve des temps calmes dans la journée. Ces gestes favorisent la confiance en soi, l’équilibre émotionnel et l’autonomie.

L’éveil langagier au cœur du quotidien

Le langage se construit dans l’échange. Selon Marie Masson, il nécessite « une relation suffisamment proche avec les adultes ».

Dans les crèches, cela se traduit par un bain de langage constant : narration des gestes, chants, comptines, lectures partagées.
La valorisation du multilinguisme – avec l’usage des langues familiales dans les rituels ou l’affichage d’imagiers plurilingues – permet à chaque enfant de s’ancrer dans ses racines culturelles tout en développant son vocabulaire et sa capacité à communiquer.

Apprendre à vivre ensemble

La socialisation commence très tôt. Les moments collectifs (jeux en cercle, repas partagés, projets communs) sont conçus pour encourager la coopération, le respect de l’autre, l’aide mutuelle.
Les enfants apprennent à prendre leur tour, à partager les jouets, à résoudre les conflits avec l’aide des adultes. Ces derniers jouent un rôle de médiateurs, en modélisant une communication bienveillante (« regarde, Paul partage le camion ») et en soutenant les liens d’entraide.
Ces interactions fondent les premières expériences de citoyenneté.

Le développement cognitif par l’exploration

L’apprentissage passe par l’expérimentation libre et la manipulation. Ateliers sensoriels (eau, sable, bulles), jeux d’imitation, découverte de la nature ou objets du quotidien sont proposés pour stimuler la curiosité.
L’environnement est pensé à hauteur d’enfant : matériel varié, accessible, sans attente de performance.

Les professionnel·les observent, documentent (dessins, constructions) et relancent les questionnements des enfants (« comment crois-tu que ça fonctionne ? »), dans une logique d’accompagnement actif.

Le mouvement, pivot du développement mental

La motricité est essentielle pour le développement global. Les crèches réservent du temps à l’exploration corporelle grâce à des modules adaptés (tunnels, tapis, ballons), mais aussi à des activités de motricité fine comme le dessin, le modelage ou le découpage.
Les espaces sont conçus pour encourager le mouvement en sécurité, avec un mobilier ergonomique et des consignes verbalisées (« allons chercher le jouet en courant »). Les temps de repos sont tout aussi importants pour prévenir la surcharge motrice.

Une ouverture culturelle quotidienne

La crèche est aussi un lieu d’éveil artistique et culturel. On y célèbre les fêtes locales, on organise des promenades dans le quartier pour identifier les éléments du patrimoine, on propose des spectacles, des ateliers de musique ou de peinture.
Les affichages, jouets et livres reflètent la diversité des familles accueillies, afin que chaque enfant puisse se reconnaître dans son environnement. Ce lien avec les cultures locales et familiales nourrit à la fois la curiosité, l’empathie et le sentiment d’appartenance.

Une approche intégrée pour chaque enfant

Tous ces exemples traduisent concrètement l’approche intégrée qui considère l’enfant dans sa globalité – corps, esprit, culture.
En s’appuyant sur le Code de qualité de l’ONE et sur des références pédagogiques solides, les professionnel·les de la petite enfance créent chaque jour les conditions d’un accueil bienveillant, structurant, inclusif.

Un accueil qui soigne, qui stimule et qui rend chaque enfant acteur de son développement – et, potentiellement, résilient face aux difficultés de départ.

Ressources complémentaires

Sources principales

Boris Cyrulnik : Entretien complet sur la théorie de l’attachement – Les Pros de la Petite Enfance (2018)

Marie Masson : « Introduire l’enfant au social » – Yapaka.be

Ressources institutionnelles

Office de la Naissance et de l’Enfance (ONE) : Site officiel – Pour accéder aux publications et au Code de qualité

Yapaka.be : Plateforme de prévention – Ressources sur le développement de l’enfant et la prévention de la maltraitance

Pédagogies alternatives

Pédagogie de Reggio Emilia : Approche pédagogique – MLFMonde.org

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